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Rencontre avec Renaud Sagot | Cité de l’architecture et du patrimoine

Directeur numérique

Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.

À cette occasion, nous avons rencontré Renaud Sagot, Directeur du numérique à la Cité de l’architecture et du patrimoine. À la croisée du patrimoine, de l’urbanisme, de la création contemporaine et des nouvelles technologies, cet ensemble culturel – sûrement l’un des plus grands au monde dédiés à ces sujets – développe depuis plusieurs années une réflexion ambitieuse autour des usages du numérique dans les institutions culturelles. Entre dispositifs de médiation, numérisation des collections, réalité augmentée et expériences immersives, l’établissement interroge la manière dont les technologies peuvent enrichir la compréhension sensible de l’architecture et renouveler l’expérience de visite.

Dans cette rencontre, Renaud Sagot revient sur la révolution numérique qui touche actuellement l’architecture et comme les outils développés peuvent être déployés par les professionnels, tout comme en médiation auprès des publics. Il met aussi en exergue les problématiques rencontrées par les institutions culturelles, entre mission de service public et modèle de financement à long terme.

Ce qui me semble particulièrement stimulant, c’est la dimension prospective. Nous avons aussi des éléments de contenu que nous pouvons exploiter pour créer des expériences immersives permettant de se projeter dans ce que devrait être la ville de demain.

Renaud Sagot

Pourriez-vous nous présenter quelques projets qui illustrent les orientations numériques de la Cité ?
 

Renaud Sagot –La direction du numérique de la Cité est divisée en deux pôles. Tout d’abord, le pôle Système d’information, qui développe et maintient les outils et logiciels que les professionnels utilisent pour réaliser leurs missions et projets. Le second pôle développe une offre digitale à destination du grand public. Elle se déploie non seulement in situ, à travers des dispositifs numériques de médiations dans nos collections permanentes et dans les expositions temporaires, mais aussi hors les murs avec un portail numérique où nous mettons à disposition diverses ressources (ouvrages et revues, plans, vidéos, podcast etc.). Dans les deux cas, cette utilisation du numérique nous permet de réaliser notre mission : la diffusion de la culture architecturale auprès du public.

L’un des projets les plus structurants actuellement est Architecture augmentée, développé avec notre partenaire ICONEM dans le cadre du programme France 2030 “Numérisation de l’architecture et du patrimoine”. Ce projet accompagne l’évolution de notre muséographie. Le projet comprend notamment trois dispositifs de réalité augmentée qui mettent en relation les œuvres présentées dans les collections avec leurs édifices originaux numérisés. L’objectif est de faciliter leur compréhension et leur contextualisation.

Une salle immersive ouvrira également en juin 2027, à l’occasion des 20 ans de la Cité. Elle permettra aux visiteurs de traverser une ville en évolution, de l’Antiquité à aujourd’hui, afin de comprendre comment les bâtiments s’inscrivent dans un tissu urbain vivant.

Selon vous, en quoi les outils numériques peuvent-ils enrichir la compréhension de l’architecture, du patrimoine ou des collections présentées par la Cité ?
 

R. S. — Le numérique constitue avant tout un complément aux autres formes de médiation déjà présentes dans le musée : médiation humaine, textes, cartels, scénographies.

Dans le cas de l’architecture, il permet d’abord de recontextualiser des fragments. Nous présentons souvent des portions d’édifices – un portail, une façade, une maquette – et les outils numériques nous aident à montrer comment ces éléments s’insèrent dans un ensemble architectural plus vaste.

La réalité augmentée est particulièrement intéressante pour cela. Par exemple, lorsque l’on présente un portail de cathédrale à l’échelle 1, le numérique permet de le replacer dans son édifice d’origine et d’en restituer les volumes.

Mais il y a aussi une dimension plus sensorielle. Les musées sont traditionnellement très centrés sur la transmission de connaissances. Avec le numérique et l’immersif, on peut aussi travailler la perception des espaces, les circulations, les échelles ou les usages.

Par exemple, nous travaillons actuellement sur une maquette d’hôtel particulier du XVIIIe siècle. Grâce à des insertions numériques, nous pouvons montrer la manière dont le bâtiment fonctionnait : les espaces réservés aux propriétaires, les circulations des domestiques, les usages sociaux des différentes pièces. Ce sont des éléments qu’il serait beaucoup plus difficile de transmettre avec des outils de médiation classiques.

Rencontre avec Renaud Sagot / Interview with Renaud Sagot
©Cité de l’architecture et du patrimoine
Comment le numérique s’intègre-t-il au sein de l’approche déjà transdisciplinaire de la Cité de l’architecture ?
 

R. S. – Il y a de nombreuses façons. Ce qui me semble particulièrement stimulant, c’est la dimension prospective.

Bien sûr, nous racontons l’histoire de l’architecture. Mais nous avons aussi des éléments de contenu que nous pouvons exploiter pour créer des expériences immersives permettant de se projeter dans ce que devrait être la ville de demain. Dans ce type de projet, il peut tout à fait y avoir une approche scientifique avec des projections très factuelles, tout comme il peut y avoir une approche tout à fait esthétique ; des artistes peuvent s’emparer de nos contenus et problématiques pour créer des expériences virtuelles plus poétiques permettant de réfléchir sur comment on construira, habitera et vivra ensemble, demain.

Quels sont les principaux défis lorsque l’on développe des dispositifs digitaux dans une institution patrimoniale ?
 

R. S. – L’un des plus grands défis, c’est de trouver un cadre de travail permettant de faire dialoguer les différentes compétences des équipes de la Cité. Un projet de qualité demande à la fois des compétences scientifiques, des compétences en médiation, en écriture interactive, dans le design numérique.

Nous sommes également convaincus que le public doit être au centre de la production de notre offre. Nous devons rester en lien avec les besoins et attentes de nos visiteurs. Dans le cadre de notre projet Architecture augmentée, nous avons constitué un comité de visiteurs, comprenant des personnes de tous âges, plus ou moins familiers des musées et du digital. Le comité est associé au projet dès sa conception, ils ne sont pas là pour tester un produit fini : tout peut encore être remis en question : le langage, la narration, l’ergonomie ou encore les usages physiques des dispositifs. C’est une démarche enrichissante que l’on aimerait systématiser.

L’accessibilité constitue également un enjeu majeur. Pour Architecture augmentée, nous souhaitons profiter des moyens engagés, pour créer un dispositif accessible et utilisable par tous. C’est aussi un défi important qui demande de prendre en compte un certain nombre de situations de handicap.

Enfin, Il y a un équilibre à trouver entre notre mission de service public, diffuser les contenus culturels à un large public, et la nécessité d’avoir notre propre modèle de financement stable. Cela passe par un compromis entre la rigueur scientifique et l’attractivité de notre production, qui penche d’un côté ou de l’autre selon les projets ; mais nous laissons toujours “l’entertainment” pur aux acteurs spécialisés de ce secteur. Nous restons avant tout une institution culturelle nationale et notre mission première est de montrer des œuvres physiques et tangibles au public.

Rencontre avec Renaud Sagot / Interview with Renaud Sagot
©Cité de l’architecture et du patrimoine
Quelles pistes ou collaborations souhaiteriez-vous développer dans les prochaines années ?
 

R. S. – Dans le domaine de l’architecture, il y a une révolution digitale à tous les niveaux. Cela n’impacte pas seulement les acteurs de la médiation, mais aussi la construction elle-même. Aujourd’hui, beaucoup de maquettes sont réalisées avec des outils numériques, et la profession s’approprie des technologies (test des hypothèses architecturales, documentation de l’état des édifices patrimoniaux, démonstration des projets avant leur construction).

Nous aimerions que la Cité devienne un lieu de rencontre entre les professionnels de l’architecture et du patrimoine, les chercheurs, et les éditeurs de ces technologies mais aussi les artistes et acteurs des  industries culturelles comme le jeu vidéo ou le cinéma. Ainsi, nous souhaitons devenir une sorte de catalyseur de projets, tout en présentant ces offres à un public ; ceci grâce à nos espaces – plus de 22 000 m² – qui nous permettent d’accueillir des expérimentations, des prototypes et des preuves de concept.

Retrouvez d’autres entretiens avec des programmateur.ice.s sur notre blog.

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