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Rencontre avec Alessia Bimonte | MEET Digital Center

Events Production Manager

Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.

Dans ce contexte, nous avons rencontré Alessia Bimonte, responsable de la production des événements et des expositions au MEET Digital Culture Center in Milan. Premier centre international dédié à l’art et à la culture numériques dans la ville, le MEET s’est imposé comme une institution de référence au croisement de l’art, de la technologie et de l’innovation, en associant expositions immersives, contenus XR et programmes éducatifs. Dans cet entretien, Alessia Bimonte revient sur la mission du MEET, son approche des récits immersifs et des nouveaux médias, ainsi que sur les défis que soulève l’intégration des pratiques numériques dans les lieux culturels.



Je crois que la direction la plus importante vers laquelle tend l’art numérique est la co-création et l’intersectionnalité. Les croisements entre l’art, la science et la technologie sont particulièrement puissants car ils génèrent de nouvelles dynamiques et formes de narration.

Alessia Bimonte

Pouvez-vous présenter le MEET Digital Culture Center et votre rôle au sein de ce lieu ? Quels sont les principaux objectifs que vous poursuivez dans le domaine de la culture numérique et des médias immersifs ?

Alessia Bimonte – Le MEET est le premier centre international dédié à l’art et à la culture numériques à Milan, situé en plein centre-ville. Nous avons officiellement ouvert nos portes au public en 2020. Dès le départ, MEET a été pensé comme un espace consacré à la culture numérique sous toutes ses formes, accueillant les publics dans un lieu où l’innovation, l’art et l’expérimentation se rencontrent.

Le MEET agit à la fois comme un centre, un hub et un catalyseur. Nos activités vont des expositions immersives développées avec des artistes numériques aux contenus VR et XR, en passant par des initiatives éducatives. Nous organisons des ateliers et des laboratoires créatifs pour les enfants, et nous travaillons également en étroite collaboration avec des étudiants universitaires. Par ailleurs, une partie de notre activité est dédiée à des événements privés, qui viennent compléter notre programmation publique.

MEET est également officiellement reconnu comme musée : en 2023, nous avons obtenu ce statut de la part de la Région Lombardie. Cette reconnaissance est étroitement liée à notre archive, The Roots of the New, qui constitue un atout majeur pour MEET, puisqu’elle conserve et documente l’histoire des arts médiatiques. Nous nous estimons très chanceux de disposer de cette archive, car elle nous permet de relier le passé et le présent de l’art numérique et médiatique, des thématiques centrales pour le MEET. L’archive est ouverte au public, qui peut venir y faire des recherches, explorer et étudier librement ces matériaux.

L’archive joue également le rôle de mémoire collective. L’art numérique s’est construit au fil de décennies d’expérimentations, et son histoire mérite d’être partagée et transmise. L’engagement des publics est essentiel pour MEET : nous avons constitué une communauté solide, qui suit et participe activement à nos activités. Nous ouvrons régulièrement nos espaces avec des événements dédiés, permettant aux visiteurs d’explorer, d’observer et de découvrir l’art numérique plus librement. Celui-ci n’est pas toujours immédiatement accessible ou compréhensible ; ces moments sont donc essentiels pour aider les publics à s’en approcher et à se sentir à l’aise dans leur relation à ces œuvres.

Le MEET est reconnu pour son travail à la croisée de l’art, de la technologie et de l’innovation. Pouvez-vous partager un ou deux projets ou expositions récents qui illustrent la manière dont MEET explore les formats immersifs ou les nouvelles formes de récits ?

A. B. – L’un de nos projets les plus récents est une exposition immersive collective développée en collaboration avec HEK Basel. Cette exposition se concentre sur le concept des autres intelligences (other intelligences) et réunit neuf artistes venus du monde entier. Leurs œuvres explorent différentes formes d’intelligence, qu’il s’agisse de l’intelligence naturelle, non humaine ou artificielle. Cette collaboration a été particulièrement riche, car chaque artiste abordait le sujet à partir d’un point de vue distinct. Elle constitue un exemple fort de la manière dont MEET s’engage dans les formats immersifs et les questionnements contemporains.

Un projet passé qui a été particulièrement important pour moi est Renaissance Dreams de Refik Anadol, que j’ai découvert à mon arrivée à MEET. Il s’agissait de notre première œuvre immersive et elle marquait l’ouverture de la salle immersive du centre. La collaboration autour de ce projet a été remarquable. L’œuvre propose une forme de narration dédiée à la Renaissance italienne, construite à partir de vastes ensembles de données liés à cette période. Refik Anadol a développé une œuvre immersive de 40 minutes, structurée en quatre chapitres consacrés respectivement à la littérature, à la peinture, à la sculpture et à l’architecture.

De votre point de vue, quels sont les principaux défis auxquels les lieux culturels sont confrontés lorsqu’ils intègrent des pratiques numériques et immersives ?

A. B. – Les défis varient selon les projets, car chacun présente des difficultés spécifiques. Le financement constitue souvent un enjeu majeur, car il n’est pas toujours simple de réunir les ressources nécessaires pour développer des projets ambitieux.

Un autre défi apparaît lorsque la vision artistique et les possibilités technologiques ne s’alignent pas immédiatement. Dans ces situations, il est essentiel de travailler sur la philosophie du projet afin de trouver une connexion pertinente entre l’intention artistique et la mise en œuvre technologique.

La communication représente également un défi. Pour un centre d’art et de culture numériques comme MEET, il peut être difficile de transmettre clairement notre mission et notre message au public. C’est pourquoi nous accordons une grande importance à l’ouverture et à l’accessibilité. À travers des journées portes ouvertes et des événements spécifiques, nous invitons les publics à entrer au MEET, à expérimenter les œuvres et à interagir directement avec les contenus. Ces moments permettent de créer des liens plus forts et d’aider les visiteurs à comprendre ce qu’est l’art numérique et pourquoi il constitue non seulement un phénomène culturel ou technologique, mais aussi profondément social.

Quelles directions ou quels formats émergents voyez-vous façonner le futur de la culture numérique et immersive au MEET ? Existe-t-il des collaborations, des technologies ou des expériences que vous souhaitez développer davantage ?

A. B. – Je crois que la direction la plus importante vers laquelle tend l’art numérique est la co-création et l’intersectionnalité. Les croisements entre l’art, la science et la technologie sont particulièrement puissants car ils génèrent de nouvelles dynamiques et formes de narration. L’avenir de la culture immersive repose sur une collaboration accrue entre artistes, scientifiques et technologues. En travaillant ensemble, ils peuvent développer de nouveaux projets et de nouvelles formes de contenus qui élargissent les possibilités de l’art numérique. Je suis convaincue que cette approche collaborative sera centrale à l’avenir.

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