Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.
Parmi les étapes majeures de ce parcours figure le CODE Veszprém, centre digital et immersif créé dans le cadre du programme Veszprém–Balaton 2023 Capitale européenne de la culture. Pensé comme un espace de convergence entre l’art, la science et la technologie, le CODE se positionne à la fois comme un lieu culturel expérientiel et comme un hub créatif, ouvrant de nouvelles perspectives pour les arts numériques, l’éducation et la collaboration artistique internationale.
À cette occasion, nous avons rencontré Alíz Markovits, CEO du CODE Veszprém. Depuis 2020, elle a assuré la coordination du programme Veszprém–Balaton 2023 Capitale européenne de la culture, pilotant la stratégie culturelle et le développement des infrastructures à l’échelle des 116 municipalités de la région. Dans cet entretien, elle revient sur la vision fondatrice du CODE, son rôle dans le paysage culturel hongrois et les enjeux plus larges auxquels sont aujourd’hui confrontées les institutions culturelles numériques et immersives.
“La pertinence des espaces immersifs s’explique par une transformation profonde des usages culturels : aujourd’hui, les publics ne veulent plus seulement regarder la culture, mais y pénétrer. La culture numérique et immersive n’est pas plus moins légitime ; elle obéit à une logique différente, transformant l’assimilation en expérience et en vécu.”
– Alíz Markovits
Pour commencer, pouvez-vous présenter brièvement CODE Veszprém et expliquer votre rôle au sein de l’institution ?
Alíz Markovits – Le CODE Veszprém est un centre d’expériences numériques et une institution audiovisuelle immersive située au cœur de Veszprém, une ville de taille moyenne en Hongrie. Le CODE est un espace où la rencontre entre l’art, la science et la technologie devient tangible à travers des expériences complexes et multisensorielles. Nous travaillons autour de trois zones principales – l’espace 360° Hexagon, un studio 3D et une zone d’exposition interactive – chacune engageant les visiteurs de manière différente.
En tant que directrice de l’institution, mon rôle consiste en partie à définir l’orientation stratégique du CODE : comment il peut être à la fois pertinent à l’international et profondément ancré dans son contexte culturel local. Je coordonne également les choix de contenus et de programmation curatoriale, j’accompagne l’équipe et je développe des partenariats et collaborations professionnelles.
Le CODE se positionne comme un espace dédié aux expériences numériques et aux nouveaux médias, entre art et technologie. Qu’est-ce qui a motivé sa création et à quel manque répond-il dans le paysage culturel de Veszprém et, plus largement, de la Hongrie ?
A. M. – Le CODE a été créé comme l’un des principaux héritages du programme Veszprém–Balaton 2023 Capitale européenne de la culture. L’idée fondatrice était de combler un manque structurel : en Hongrie, il existe très peu de lieux stables et professionnellement équipés où l’art numérique peut exister non pas comme un projet ponctuel, mais comme une pratique institutionnelle continue.
Au sein de l’écosystème culturel de Veszprém, nous souhaitions créer un nouveau type de lieu de rencontre entre les formes traditionnelles de consommation culturelle et des formats contemporains, expérientiels et portés par la technologie.
L’un de nos objectifs majeurs est de rapprocher les jeunes générations des thématiques culturelles traditionnelles. Il ne s’agit souvent pas d’un manque d’intérêt, mais d’un défaut de connexion. Le CODE propose un langage et un format permettant à une œuvre classique, à une période historique ou même à un sujet issu des sciences naturelles de devenir une expérience personnelle et véritablement immersive.
En ce sens, le CODE répond à la fois à une demande culturelle générationnelle et à un besoin professionnel : c’est une plateforme pertinente pour les créateurs numériques hongrois et internationaux, offrant un espace non seulement de diffusion, mais aussi de développement.
En tant que responsable de l’institution, comment abordez-vous la sélection et le développement des projets immersifs ou numériques ? Pouvez-vous citer quelques projets récents qui illustrent le type d’expériences que le CODE souhaite produire ou accompagner ?
A. M. – Dans la sélection des projets, nous cherchons toujours à équilibrer trois critères : la force artistique et conceptuelle, la qualité technologique et l’accessibilité pour le public.
Parmi les projets récents illustrant cette approche, on peut citer Csontváry – In the Language of Photons, où des héritages artistiques emblématiques sont relus à travers des interprétations numériques et audiovisuelles. Notre ambition est que le CODE ne soit pas seulement un lieu d’accueil, mais un véritable partenaire de coproduction, un espace où les contenus naissent et où les créateurs disposent d’un terrain d’expérimentation.
Selon vous, qu’est-ce qui rend aujourd’hui les centres numériques immersifs comme CODE particulièrement pertinents ? Comment le CODE contribue-t-il à redéfinir ce que peut être une institution culturelle au XXIe siècle ?
A. M. – La pertinence des espaces immersifs s’explique par une transformation profonde des usages culturels : aujourd’hui, les publics ne veulent plus seulement regarder la culture, mais y pénétrer. La culture numérique et immersive n’est pas plus moins légitime ; elle obéit à une logique différente, transformant l’assimilation en expérience et en vécu. Il s’agit également d’une tendance internationale forte : les expériences immersives figurent parmi les formats culturels et touristiques à la croissance la plus rapide.
Dans ce contexte, le CODE incarne l’idée qu’une institution culturelle du XXIe siècle peut être à la fois interdisciplinaire, expérientielle tout en restant intellectuellement exigeante, une plateforme communautaire plus qu’un simple espace d’exposition, et un environnement d’apprentissage où la culture devient un vecteur de connaissance numérique.
Quels ont été les principaux défis rencontrés lors du lancement et du fonctionnement du CODE, et comment y répondez-vous ?
A. M. – La création d’une institution de ce type implique naturellement plusieurs niveaux de défis.
Tout d’abord, des défis techniques. Un dispositif immersif nécessite une maintenance continue. Chaque projet redéfinit le fonctionnement de l’espace. Une communication étroite entre techniciens et artistes est essentielle pour garantir la stabilité. Les lieux high-tech sont également plus coûteux que les espaces d’exposition traditionnels. À long terme, nous devons nous appuyer sur plusieurs piliers : billetterie, coproductions, subventions, mécénat et programmes d’échange internationaux.
Par ailleurs, en tant que nouvelle institution, la construction de la confiance et des habitudes locales prend du temps. Nous développons des partenariats de proximité, des programmes scolaires et familiaux, ainsi que des projets directement connectés à la ville de Veszprém.
Enfin, le fait d’être implantés dans une ville de taille moyenne pose ses propres enjeux. Atteindre une masse critique de publics est plus complexe, même si la région du Balaton est touristique. Nous devons donc concevoir une programmation capable de toucher un public large, en tenant compte des périodes creuses et des pics de fréquentation touristique.
Pour conclure, quelles sont vos ambitions pour CODE dans les prochaines années ? Y a-t-il des types de projets immersifs, de partenariats ou de publics que vous souhaitez développer en priorité ?
A. M. – Dans les années à venir, nous souhaitons nous développer dans plusieurs directions. L’une de nos ambitions majeures est de renforcer le CODE LAB, un atelier de développement de contenus étroitement lié au CODE. Son objectif est de faire du CODE non seulement un lieu de diffusion, mais aussi un hub créatif et interdisciplinaire où de nouvelles œuvres immersives voient le jour.
Le CODE vise à la fois une expansion internationale et nationale. À l’international, nous souhaitons que le CODE soit non seulement une étape pour des productions en tournée, mais un lieu privilégié pour la création et la première présentation d’œuvres internationales. À l’échelle nationale, notre objectif est d’offrir des opportunités durables aux artistes hongrois émergents et de milieu de carrière dans les domaines des médias et de l’art numérique.
Nous souhaitons également développer davantage des programmes interactifs et pédagogiques à destination des enfants, des étudiants et des familles. LeCODE deviendra particulièrement fort si la culture numérique s’inscrit naturellement dans la vie quotidienne locale.
Pour résumer, mon ambition est que CODE devienne, d’ici quelques années, l’un des principaux centres culturels numériques et immersifs d’Europe centrale : un lieu professionnel, mais aussi un lieu où le public a envie de revenir.