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Rencontre avec Katharina Weser | Reynard Films & Yaga Studio

Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.

À cette occasion, nous avons rencontré Katharina Weser, co-fondatrice de Reynard Films et Yaga Studio. À travers ces deux structures complémentaires, elle développe une pratique singulière située à la croisée du cinéma d’auteur traditionnel et des narrations immersives en réalité virtuelle et mixte. Formée au documentaire et profondément attachée au rapport au réel, elle explore des formats hybrides qui utilisent l’innovation technologique non pas comme finalité, mais comme moyen d’intensifier l’émotion et de renouveler la manière de raconter des histoires.

Dans cet entretien, Katharina Weser revient sur son approche artistique, ses projets récents mêlant documentaire, animation et immersion, ainsi que sur les défis techniques, financiers et narratifs propres aux œuvres XR. Elle partage également sa vision d’un futur de la narration immersive ancré dans l’exigence artistique, l’exploration technologique et la fidélité au récit.

Très souvent, des spectateurs pleurent dans le casque – et je n’ai jamais vu autant de personnes pleurer devant un documentaire au cinéma. Cela montre à quel point l’immersion peut intensifier l’expérience émotionnelle.
– Katharina Weser

Vous développez et produisez des récits hybrides qui repoussent les frontières de la narration. Pourriez-vous partager un ou deux projets immersifs ou audiovisuels récents qui illustrent la direction artistique que vous poursuivez ?

Katharina Weser – Ce qui m’intéresse profondément, c’est de chercher de nouvelles solutions pour raconter des histoires parfois très traditionnelles. Un projet que j’aime particulièrement est Empereur. Selon moi, c’est un documentaire, animé et interactif certes, mais avant tout un documentaire. Le genre est important : c’est une histoire vraie, inspirée par une personne bien réelle. La raconter en réalité virtuelle était, à mes yeux, la meilleure manière de le faire. C’est une histoire extrêmement émotionnelle, et la VR est un médium qui fonctionne remarquablement bien avec les émotions. Très souvent, des spectateurs pleurent dans le casque – et je n’ai jamais vu autant de personnes pleurer devant un documentaire au cinéma. Cela montre à quel point l’immersion peut intensifier l’expérience émotionnelle.

Empereur © Atlas V – Reynard Films – France Télévisions – PICO

De manière générale, ce qui m’anime, c’est l’exploration des nouvelles technologies et des nouvelles formes narratives. J’ai également coproduit The Clouds Are Two Thousand Meters Up. C’est l’adaptation d’un livre, donc une histoire plutôt classique dans sa structure. Je le considère comme du cinéma en réalité virtuelle : c’est un film dans lequel on peut se déplacer. Le spectateur choisit son angle de vue, mais il reste immergé dans le récit du début à la fin. On peut s’approcher très près des acteurs, circuler dans l’espace, ressentir l’intensité dramatique. Les technologies actuelles nous permettent d’atteindre un niveau de qualité et de réalisme très élevé. Cela m’intéresse particulièrement, car je viens du documentaire : le rapport au réel reste toujours central dans mon travail.

The Clouds Are Two Thousand Meters Up © Taiwan Public Television Service Foundation – The Walkers Films – Reynard Films
D’après votre expérience de productrice, quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les créateurs sont confrontés lorsqu’ils développent des œuvres XR ou hybrides ?

K. W. – Les défis sont en partie les mêmes que dans le cinéma traditionnel. Les financements sont difficiles à obtenir, et en Allemagne, les fonds culturels sont aujourd’hui plus restreints qu’auparavant. Cela complique les choses pour tous les créateurs, qu’ils travaillent en cinéma ou en XR.

À cela s’ajoutent les défis technologiques. Nous travaillons presque toujours avec des équipes qui n’ont jamais réalisé ce type de projet auparavant. Mais en réalité, il est quasiment impossible de trouver des équipes “très expérimentées” lorsque l’on développe quelque chose de réellement nouveau.

Personnellement, j’aime ces défis – parfois même je les recherche. Je développe actuellement un nouveau documentaire dans lequel nous utilisons le Gaussian Splatting. Nous essayons de la faire fonctionner dans une version standalone. Cette approche ouvre des possibilités inédites : elle permet d’aller dans des lieux inaccessibles et d’y être réellement présent en réalité virtuelle. Je trouve fascinant de voir comment la technologie évolue et devient de plus en plus réaliste.

Pour les années à venir, quels formats, technologies ou modèles de collaboration internationale vous semblent appelés à façonner l’avenir de la narration immersive, et comment voyez-vous Reynard Films contribuer à cette évolution ?

K. W. – Je suis restée fidèle à des projets très artistiques, car c’est ce qui m’intéresse avant tout. Bien sûr, il faut tenir compte du marché, mais j’ai fait le choix de ne pas développer de petits jeux en ligne, même si cela pourrait être rentable.

Ce n’est pas ma direction. Aujourd’hui, j’explore différentes pistes : la projection immersive, la VR multi-user ou notre prochain projet qui me tient particulièrement à cœur : une pièce de théâtre.

Louise Coulet, Unframed Collection:
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