X

Rencontre avec Cédric Lesec | Musée des Confluences

Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue entre professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.

À cette occasion, nous avons rencontré Cédric Lesec, directeur des relations extérieures et de la diffusion du Musée des Confluences. Ouvert en 2014 à la convergence du Rhône et de la Saône, cette institution lyonnaise retrace la manière dont l’Homme évolue dans son environnement à travers l’espace et le temps. Fort d’une collection de plus de cinq siècles, ce musée mobilise une multitude d’outils pour exposer et réfléchir l’humanité, ses cultures et ses sociétés.  

Dans cet entretien, Cédric Lesec aborde les enjeux qui poussent le musée à mobiliser des outils numériques et les contraintes dans la mise en place de ces derniers ; des questions qui esquissent la relation fondamentale que fait naître une telle institution entre son public et ses collections.

Le musée est un lieu où se fait la rencontre entre des collections d’objets extraordinaires, dans notre histoire, dans notre univers et le public qui vient les voir.

Le numérique est alors une manière de donner des éléments de contexte augmentés, pour favoriser cette rencontre.

– Cédric Lesec

Le Musée des Confluences mêle sciences, histoire naturelle, anthropologie et muséographie contemporaine. Quelle place le musée donne-t-il aujourd’hui aux médias numériques ou aux dispositifs immersifs pour enrichir la compréhension des sujets qu’il aborde ?

Cédric Lesec – La place du numérique au musée des Confluences est particulière. Elle est très sollicitée au sein de nos expositions, par exemple Amazonies qui mobilise plus de 50 dispositifs audiovisuels. Mais l’enjeu est de faire un usage de cette technologie qui facilite la relation entre le visiteur et les collections au cœur de notre mission, sans jamais prendre le pas sur ces dernières.  

Car le musée est fondamentalement un lieu où se fait la rencontre entre des collections, des objets extraordinaires, dans notre histoire, dans notre univers et le public qui vient les voir.

Le numérique est alors une manière de donner des éléments de contexte augmentés, pour favoriser cette rencontre.

 

©Le Musée des Confluences
Quels types de contenus pourraient bénéficier d’une approche immersive ou numérique, tout en respectant l’esprit scientifique et éducatif du musée ?

C. L. – Cet aspect et cette dimension narrative et immersive imprègnent tous nos outils de médiation. Il n’y a pas nécessairement de choix plus attendus entre des dispositifs d’exposition permanents ou temporaires et des dispositifs de médiation. Ce qui domine reste une médiation matérielle et humaine. Nous cherchons à utiliser le numérique sans outrance, de la façon la plus pertinente possible. 

Quelles seraient, selon vous, les contraintes ou défis spécifiques à un musée de sciences et sociétés comme le vôtre, pour mettre en place des expériences immersives ou interactives ?

C. L. – Les expériences immersives présentent de nombreux avantages : l’attractivité, la possibilité de présenter les collections sous un nouvel angle… Mais il y a un certain nombre de contraintes. La première, c’est l’enjeu financier, avec d’une part le coût important de ces dispositifs, et de l’autre un modèle économique toujours en cours de construction. 

La seconde, c’est l’obsolescence de ces outils. On pourrait croire que parce qu’ils sont numériques on peut facilement modifier et actualiser les données. Ce n’est pas toujours le cas. Pourtant lorsqu’une vidéo est produite, elle l’est pour pouvoir être exploitée sur plusieurs années, justement parce qu’elle est coûteuse. 

Il y a aussi une question de souveraineté. Quand on produit des outils numériques il faut savoir à qui appartiennent les contenus et la chaîne de droit qui y est attachée. On ne peut pas se permettre de l’ignorer. 

Enfin, il y a évidemment la question de l’éco-responsabilité vis-à-vis ce qui est produit, et l’utilisation raisonnée, par exemple de l’intelligence artificielle. 

 

Le Temps d'un Rêve - Le Musée des Confluences ©Stofleth
Si le musée décidait d’intégrer des formats numériques ou immersifs à l’avenir, quels seraient les objectifs prioritaires selon vous?

C. L. – C’est une question difficile. C’est un domaine sans cesse en évolution et il faut garder en tête que ce qui fait la singularité d’un musée, c’est la présentation d’objets matériels. L’objectif serait donc d’utiliser le numérique à sa juste place. 

Il ne faut pas oublier la dimension matérielle du patrimoine que l’on conserve et présente, tout en testant de nouveaux dispositifs. Ils sont difficiles à imaginer, mais on voit encore, durant cette semaine par exemple, que les expériences des différents musées et institutions sont nombreuses, différentes, et qu’il existe une diversité tout à fait intéressante. 

Mais pour ce qui nous concerne, la question serait vraiment de mettre au centre de gravité les collections et le public, et de ne pas pas considérer l’outil que représente le numérique comme une fin en soi mais en tant que moyen de construire cette relation.

Louise Coulet, Unframed Collection:
Related Post