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Rencontre avec Gergana Mihova | Galerie nationale de Sofia

Curatrice

Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue entre professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.

À cette occasion, nous avons rencontré Gergana Mihova, curatrice à la Galerie Nationale de Sofia en Bulgarie. Avec l’ouverture d’un nouvel espace immersif et la commande de plusieurs œuvres originales, l’institution affirme une volonté forte : utiliser les technologies immersives non pas comme une fin en soi, mais comme un outil de transmission culturelle.

Dans cet entretien, Gergana Mihova revient sur les défis et les opportunités de cette démarche. Elle y défend une approche où l’immersion permet tout à la fois de rendre les collections plus accessibles, de mettre en lumière le patrimoine artistique bulgare et de soutenir le développement d’un écosystème créatif local.

« Nous sommes fiers d’investir dans des projets imaginés, développés et produits par des équipes bulgares afin de proposer au public une nouvelle manière de découvrir notre patrimoine artistique. »

Gergana Mihova

Des projets d’expériences immersives sont en cours de développement pour la Galerie Nationale. Pouvez-vous nous en dire plus à leur sujet et sur ce qui pousse le musée à investir les formats immersifs ? 

 

Gergana Mihova – Nous cherchons avant tout à répondre aux attentes de nos publics. Les nouvelles technologies font désormais partie intégrante du quotidien de plusieurs générations et il nous semble naturel de les intégrer à nos outils de médiation ; nous avons donc décidé d’ouvrir ce nouvel espace immersif afin de mieux dialoguer avec nos visiteurs. 

Le 10 novembre nous avons inauguré notre première exposition immersive consacrée à Zaharii Zograf, l’un des artistes bulgares les plus emblématiques du XIXe siècle. Son visage figure sur le billet de 100 levs et beaucoup de Bulgares connaissent son nom sans pour autant être familiers avec son œuvre. L’objectif de cette exposition était justement de créer une nouvelle porte d’entrée vers son travail et vers l’histoire de l’art bulgare, de rendre nos collections accessibles.

 

Vos expériences précédentes – en photographie, en art contemporain ou dans le cadre du programme Outwards – influencent-elles votre approche des projets immersifs et numériques ?

 

G. M. – Absolument. J’ai toujours été attirée par les formes artistiques émergentes et les nouveaux médiums. Mon parcours dans l’art contemporain m’a appris l’importance d’expérimenter de nouveaux langages pour entrer en dialogue avec les publics.

J’ai étudié la photographie contemporaine et je poursuis actuellement un doctorat en histoire de l’art. Cette double approche, entre recherche académique et pratiques contemporaines, nourrit aujourd’hui mon intérêt pour les technologies immersives et leurs possibilités de médiation. 

 

Quelles sont, selon vous, les principales opportunités qu’offrent les technologies immersives et XR à une institution centrée sur les beaux-arts comme la Galerie Nationale ?

 

G. M. – Je suis convaincue que ces technologies joueront un rôle croissant dans les musées de demain.

La Galerie Nationale regroupe sept sites, emploie près de 150 personnes et conserve environ 50 000 œuvres. Comme dans de nombreuses institutions, seule une partie de cette collection peut être exposée en permanence.

Les technologies immersives nous offrent la possibilité de donner une visibilité nouvelle à des œuvres qui restent habituellement en réserve. Elles permettent également de proposer des formes de médiation plus engageantes et de mieux répondre aux attentes d’un public dont les habitudes culturelles évoluent rapidement.

 

Quels défis, techniques, curatoriaux ou organisationnels, avez-vous rencontrés dans l’intégration de ces formats immersifs au sein d’une institution patrimoniale ?

 

G. M. – La Galerie Nationale avait déjà accueilli des expériences immersives par le passé, mais nous n’avions jamais disposé d’un espace spécifiquement conçu pour ce type de projet.

La situation est différente aujourd’hui puisque nous sommes à l’initiative des productions présentées. Cela implique de définir les sujets, de choisir les artistes et de construire une véritable vision curatoriale.

Pour cette première commande immersive, nous avons porté une attention particulière à la narration. Nous souhaitons proposer des expériences capables d’impliquer davantage les visiteurs, notamment les plus jeunes, en leur offrant des récits accessibles et engageants.

 

Comment envisagez-vous le développement des pratiques immersives au sein de la Galerie Nationale dans les années à venir ?

 

G. M. – Ce nouvel espace marque une étape importante pour notre institution. Pour la première fois, nous disposons d’un contrôle complet sur le développement et la présentation de projets immersifs.

Notre priorité est de mettre en valeur les artistes et les collections bulgares. Nous souhaitons proposer des films et des expériences immersives d’une vingtaine de minutes permettant au public de découvrir différemment notre patrimoine. Nous sommes fiers d’avoir choisi de développer ces projets avec des équipes bulgares. Il était important pour nous que ces œuvres soient imaginées, conçues et produites localement afin de contribuer au développement de l’écosystème créatif du pays tout en offrant un nouveau regard sur l’art bulgare.

Retrouvez d’autres entretiens avec des programmateur.ice.s sur notre blog.

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