Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue entre professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives.
À cette occasion, nous avons rencontré Marina Tsoulou, Directrice de la Panayotis and Effie Michelis Foundation, une fondation culturelle située en plein centre d’Athènes. Créée en 1975 par la peintre naïve Effie Michelis, la fondation œuvre à la fois à la valorisation de son héritage artistique et à la recherche en architecture et en aménagement du paysage, en lien avec les travaux du théoricien de l’architecture Panayotis Michelis. Elle développe également une activité tournée vers le public à travers des expositions et des actions de diffusion culturelle.
Dans cet entretien, Marina Tsoulou esquisse le portrait d’une institution culturelle cherchant à intégrer les outils numériques tout en restant fidèle à son identité profondément ancrée dans la tradition. Elle revient sur les défis liés à l’ouverture vers de nouveaux publics, tout en accompagnant ses visiteurs habituels vers de nouvelles formes de médiation culturelle et d’expériences immersives.
L’une des principales questions reste la manière d’intégrer durablement ces technologies. Cela implique également de sensibiliser et d’accompagner aussi bien nos équipes que nos publics dans leur appropriation. Notre audience actuelle reste attachée à une approche plus traditionnelle, et cette transition devra donc se faire progressivement.
— Marina Tsoulou
La fondation est dédiée au soutien et à la promotion des arts. Pour vous, quel rôle la créativité numérique – en incluant l’immersion, l’interaction et la XR – peut-elle jouer au sein d’une fondation comme la vôtre aujourd’hui ?
Marina Tsoulou – Nous sommes plus ou moins obligés d’allier le numérique à nos activités. Toutefois, nous ne l’avons pas encore fait : nous restons une petite fondation qui a toujours été assez traditionnelle. Nous cherchons à commencer avec quelque chose d’assez simple. Nous sommes très intéressés par l’éducation des enfants à l’esthétique, ce qui nous a poussé à développer quelques jeux en ligne. Ils sont directement accessibles sur notre site internet. Ils comprennent des énigmes ou invitent à jouer avec les couleurs des tableaux de Effie Michelis.
Nous aimerions faire plus pour rester à jour et attirer un public plus jeune. Les nouvelles technologies rendraient notre travail accessible à tous. Nous avons aussi une Bibliothèque d’Esthétiques probablement la seule de ce genre en Europe. Ainsi que deux fonds d’archives : les archives de Panayotis et Effie Michelis ainsi que celles de la Fédération Internationale des Femmes Artistes, dont Effie Michelis a été la présidente.
Au-delà de la numérisation nous souhaitons également mettre en place des moyens de rendre ses documents plus compréhensibles et faciles à lire.

Y a-t-il des projets à la fondation – ou des collaborations – qui s’inscrivent dans la culture numérique, les nouveaux médias ou des formes d’art innovantes? Avez-vous des exemples ou pistes à nous partager ?
M. T. – Oui, nous souhaiterions trouver de nouvelles manières d’interagir avec les peintures d’Effie Michelis. Elle faisait partie du courant naïf ; ses peintures sont très proches des dessins d’enfants, donc nous faisons beaucoup d’ateliers éducatifs. Nous aimerions y impliquer la figure d’Effie Michelis, grâce à de l’animation ou en utilisant l’IA. On peut imaginer, par exemple, un hologramme de Effie Michelis qui partage des histoires sur sa vie et sa pratique artistique.
L’Introduction du numérique ou des formats immersifs arrive souvent avec son lot de difficultés. Quels sont, selon vous, les défis principaux, et comment la Fondation les approchent-elles ?
M. T. – Pour une institution avec une identité fortement ancrée dans la tradition, il y a une problématique de transition. Ces cinq dernières années, nous avons cherché à nous ouvrir sur l’extérieur en exposant principalement à l’étranger. C’est aussi pour cette raison que nous avons décidé de publier notre dernier livre à la fois en anglais et en grec, le grec restant une langue relativement peu utilisée à l’échelle internationale, malheureusement.
Étant donné notre taille, un autre défi est le financement. L’une des principales questions reste donc la manière d’intégrer durablement ces technologies. Cela implique également de sensibiliser et d’accompagner aussi bien nos équipes que nos publics dans leur appropriation. Notre audience actuelle reste attachée à une approche plus traditionnelle, et cette transition devra donc se faire progressivement.
Dans un futur proche, quelles ambitions avez-vous pour l’implication de la Fondation dans la créativité contemporaine, incluant des pratiques numériques et multimodales ?
M.T. – Nous sommes ouverts au développement de synergies avec des créateurs numériques ou de nouvelles idées et technologies, même si nous avançons pas à pas nous avons besoin de continuer d’évoluer et je ne pense pas qu’il y ait d’autre manière d’avancer aujourd’hui.
Dans un même temps, nous devons maintenir l’équilibre entre l’approche traditionnelle, exposer des peintures sur un mur, et l’introduction de nouvelles technologies dans nos installations.
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