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Rencontre avec Marie Béraud | Le Cube Garges

Cheffe de projets développement et partenariats
Unframed Collection est partenaire de NUMIX Lab, un événement itinérant européen dédié à la création numérique, conçu comme un espace de dialogue professionnels du secteur et institutions culturelles. La 6e édition, organisée en 2025, a réuni 459 participants venus du monde entier pour découvrir 16 lieux répartis entre Budapest, Veszprém, Vienne et Linz, et favoriser des collaborations structurantes autour des pratiques culturelles immersives. À cette occasion, nous avons rencontré Marie Béraud, cheffe de projets développement et partenariats au Cube Garges, un pôle d’innovation culturelle et artistique de 10 000 m² situé dans le nord-est parisien, à Garges-lès-Gonesse. Pensé comme un lieu hybride réunissant en un seul et même espace expositions, spectacle vivant, cinéma, pratiques artistiques et médiation numérique, le Cube Garges développe une approche profondément transversale des arts immersifs, à la croisée des enjeux artistiques, sociaux et territoriaux. Dans cet entretien, Marie Béraud revient sur la vision de l’immersion portée par le Cube, sur la manière dont ce lieu unique permet de faire dialoguer les disciplines, ainsi que sur les défis liés à l’intégration de ces technologies dans un contexte d’inclusion et de médiation.
 « On a un enjeu très concret de faire du numérique un outil de médiation, de participation et d’inclusion. L’idée, c’est vraiment de faire en sorte que ces technologies ne soient pas perçues comme excluantes, mais au contraire comme des espaces d’appropriation, en s’appuyant sur la diversité des pratiques artistiques et des formats proposés. » – Marie Béraurd
Le Cube Garges est un espace unique par sa diversité d’équipements. Pouvez-vous nous décrire ce lieu et son fonctionnement ?
Marie Béraud – Le Cube Garges, c’est un pôle d’innovation culturelle et artistique de 10 000 mètres carrés, situé dans le nord-est parisien à Garges-lès-Gonesse, qui regroupe en un seul et même lieu six équipements culturels, avec un hall d’exposition où on accueille des expositions d’art numérique, une grande salle de 600 places assises et jusqu’à 1000 places debout où l’on peut accueillir toutes formes de spectacles et d’expériences immersives, mais aussi un cinéma, des espaces de pratique artistique, un studio d’enregistrement, un FabLab et une médiathèque. On est vraiment un lieu très hybride, qui fonctionne un peu comme un conservatoire avec la direction de la culture de la ville, et où l’on accueille des publics très variés, des jeunes, des familles, des habitants du territoire qui viennent se former aux pratiques artistiques comme aux usages numériques. L’idée, c’est vraiment que la personne qui rentre au Cube puisse vivre plusieurs expériences dans un même lieu : accéder à une exposition numérique, aller voir une pièce immersive, participer à un atelier au FabLab, puis aller au cinéma. C’est cette logique de parcours et de circulation entre les disciplines qui est au cœur de notre projet.
Quelle vision des arts numériques et de l’immersion défendez-vous au Cube Garges ?
M. B. – Ce qui fait notre force, c’est justement de pouvoir réunir en un même lieu toutes les hybridités et toutes les formes d’expériences numériques et immersives qui existent aujourd’hui, et de les faire dialoguer entre elles. On cherche vraiment à être une vitrine de l’art numérique contemporain, mais avec une définition de l’immersion qui est beaucoup plus large que la seule technologie XR, puisqu’on la conçoit aussi comme quelque chose de sensoriel, sonore, participatif, et parfois même très ancré dans des formes plus traditionnelles comme le théâtre immersif. Par exemple, on peut montrer des œuvres très visuelles comme celles de Sabrina Ratté, mais aussi proposer des expériences beaucoup plus participatives, comme récemment avec une adaptation immersive de La Cerisaie de Tchekhov, Nous reviendrons au printemps, qui engageait les publics de manière beaucoup plus directe. L’enjeu, c’est vraiment de montrer toute la diversité de ce que peut être l’immersion aujourd’hui.
Rencontre avec Marie Béraud / Interview with Marie Béraud
© Le Cube Garges
Comment les projets immersifs répondent-ils à vos ambitions sociales et territoriales ?
M.B. – Le Cube a une forte histoire dans les arts numériques, c’est même le premier centre de création numérique en France, donc on a cette dimension pionnière, mais en arrivant à Garges-lès-Gonesse, on a vraiment changé d’échelle, notamment avec une dimension sociale très forte. On est sur un territoire prioritaire, avec une population très jeune – plus de 50 % a moins de 30 ans – et extrêmement cosmopolite, avec plus de 70 nationalités et langues parlées, donc on a un enjeu très concret de faire du numérique un outil de médiation, de participation et d’inclusion. L’idée, c’est vraiment de faire en sorte que ces technologies ne soient pas perçues comme excluantes, mais au contraire comme des espaces d’appropriation, en s’appuyant sur la diversité des pratiques artistiques et des formats proposés.
Quels formats ou collaborations souhaitez-vous développer autour de l’immersion ?
M. B. – On fait déjà beaucoup de résidences et de prototypage dans nos espaces, mais notre enjeu aujourd’hui, c’est vraiment de faire de notre grande salle modulable un véritable lieu de test pour des formats immersifs à grande échelle. On a la chance d’avoir une boîte noire immersive avec près de 1000 mètres carrés disponibles pour tester des projets, ce qui est assez rare en Île-de-France, et on est aussi dans une zone très accessible, proche des grands axes et des aéroports, ce qui permet d’accueillir des artistes internationaux. L’idée, c’est de devenir un véritable “test bed”, où des studios et des artistes peuvent venir expérimenter leurs projets en conditions réelles, face à des publics, et notamment des publics jeunes, avant de les diffuser plus largement.
Rencontre avec Marie Béraud / Interview with Marie Béraud
© Le Cube Garges
 Quels types de projets immersifs ou numériques sont les plus adaptés à vos espaces ?
M. B. – On est vraiment ouvert à toutes les formes d’immersion, mais on va particulièrement s’intéresser aux formats collectifs, notamment les expériences 360° et multi-utilisateurs, parce qu’on souhaite faire de la technologie un outil de lien social et pas seulement une expérience individuelle. On va lancer la première édition d’un festival dédié à l’immersion, qui sera justement l’occasion de montrer cette diversité de formats et d’ouvrir le lieu à de nouvelles collaborations avec des artistes et des studios. Mais globalement, ce qui nous intéresse, c’est tout ce qui permet de créer une expérience immersive au sens large, qu’elle soit technologique, sensorielle ou participative.
Quels sont les principaux défis et leviers pour renforcer la place de l’immersion au Cube Garges ?
M. B. – Les défis sont nombreux, à la fois techniques, parce qu’il faut équiper les espaces pour accueillir des technologies en constante évolution, mais aussi financiers et logistiques, car ce sont des projets souvent complexes à mettre en place. Il y a aussi un enjeu très fort de médiation et d’inclusion, parce que l’objectif, c’est que les publics puissent vraiment s’approprier ces expériences et en retirer quelque chose. Mais on a aussi des leviers très importants : des espaces très vastes et modulables, une équipe de programmation et de médiation très engagée, et surtout un territoire extrêmement dynamique, jeune et cosmopolite, que l’on considère comme une véritable “ville-monde du futur”. On a d’ailleurs lancé un lab d’impact pour mesurer notre action sur le territoire, notamment sur les questions d’éthique du numérique et d’écoresponsabilité, qui sont aujourd’hui au cœur de nos réflexions. Retrouvez d’autres entretiens avec des programmateur.ice.s sur notre blog.
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